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Photo : Mike MandaranoArticle-vedette
Oeil pour oeil
Chaque année, jusqu'à 100 Manitobains
recouvrent la vue grâce aux greffes
de cornées
Mike Mandarano a reçu plusieurs greffes de cornées.
Par Susie Strachan Photo : Marianne Helm Sept./Oct. 2017
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Mike Mandarano comprend l'importance de la banque d'yeux du Centre de santé Misericordia.

À sept reprises au cours des 15 dernières années, le copropriétaire de Contessa Fine Furniture a souffert de graves problèmes de vision à cause d'un œdème de la cornée. Et chaque fois, il a pu recouvrer la vue grâce à la greffe de cornées rendues accessibles par la banque d'yeux.

En songeant à son expérience avec les greffes, M. Mandarano ressent une profonde gratitude pour tous les gens qui ont donné leurs cornées à la banque d'yeux. C'est ce qui l'a incité à signer lui aussi le registre des donneurs.

« Je me suis inscrit pour être donneur d'organes, dit-il. Quand le temps sera venu, je veux aussi pouvoir en aider d'autres. »

Dr. Stephen Brodovsky
Le Dr Stephen Brodovsky est le directeur médical de la
banque d'yeux du Centre de santé Misericordia.

L'histoire des multiples greffes de cornées de Mike a débuté en 2002 alors qu'il a commencé à avoir des problèmes de vision dans l'œil gauche. À l'époque, il a reçu un diagnostic de glaucome sévère et subi une chirurgie pour corriger le problème.

Mais à cause de cette chirurgie, la cornée de M. Mandarano est devenue très enflée, une condition qui peut entraîner une perte importante de la vision. Heureusement, Mike a eu une greffe cornéenne, qui a corrigé aussi ce problème.
Mais il n'était pas encore au bout de ses peines. Depuis sa première greffe de cornée, il en a eu six autres en tout dans les deux yeux - la dernière en mars de cette année.

M. Mandarano dit qu'il se sentait étrangement calme tout en se préparant à l'opération, probablement parce que ses autres chirurgies s'étaient bien déroulées.

« Je sais que j'aurais dû être anxieux à l'idée de repasser par là, mais je me sentais entre bonnes mains avec mon chirurgien, se rappelle-t-il. Mon médecin m'a beaucoup rassuré. Je ne peux dire à quel point je lui suis reconnaissant de m'avoir redonné la vue. »

Le médecin en question est le Dr Stephen Brodovsky, qui est aussi le directeur médical de la banque d'yeux et professeur adjoint au département d'ophtalmologie de l'Université du Manitoba.

Le Dr Brodovsky explique que les cas comme celui de M. Mandarano sont rares, car la greffe cornéenne est une opération assez courante à Winnipeg. De fait, il y aurait jusqu'à 100 Manitobains chaque année qui recouvrent la vue grâce à des greffes de cornées réalisées au Centre de santé Misericordia. Ces greffes sont rendues possibles parce que des Manitobains (120 par année, en moyenne) ont fait don de leurs cornées.

Cependant, les responsables de la banque d'yeux souhaiteraient qu'un plus grand nombre de Manitobains s'inscrivent au registre pour être donneurs. Comme l'explique le Dr Brodovsky, les greffes ne peuvent être effectuées que si des cornées de donneurs deviennent disponibles, et les patients attendent en moyenne un an pour ce genre de greffe.

« Quand des cornées deviennent disponibles, le délai pour les utiliser est de deux semaines, explique le médecin. Il y a six chirurgiens à Winnipeg et à Brandon qui effectuent ce genre de greffes. Nous faisons les chirurgies le plus rapidement possible, une fois qu'on a l'autorisation d'utiliser les cornées. »

« Quand des cornées deviennent disponibles, on doit les utiliser dans les deux semaines suivantes. »

En comparaison, un programme de transplantation de Toronto ferait des milliers de greffes cornéennes par année, selon Kelly Burnell, technicienne principale à la banque d'yeux du Misericordia.

« Une ville comme Toronto enregistre des chiffres beaucoup plus élevés en raison du grand nombre de signataires pour le don d'yeux », dit-elle, ajoutant que ce serait formidable si plus de Manitobains s'inscrivaient pour devenir donneurs d'yeux et d'autres organes.

Il y a une dizaine ou une vingtaine d'années, tous les patients admissibles à une greffe subissaient une intervention appelée kératoplastie transfixiante, où les cornées du patient étaient enlevées et remplacées par celles du donneur, avec 16 à 24 points de suture pour les fixer.

« C'était la seule technique de greffe enseignée quand j'étais à l'université », raconte le Dr Brodovsky, précisant que la technique lamellaire (par couches) utilisée de nos jours a révolutionné la chirurgie cornéenne.

De nos jours, la majorité des greffes cornéennes implique une chirurgie pour remplacer la couche intérieure (l'endothélium) à l'aide d'une technique appelée kératoplastie endothéliale de membrane de Descemet (DMEK), aussi appelée greffe endothéliale pure.

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Durant cette opération, le chirurgien fait une incision de quatre millimètres et insère une petite plaquette de tissu cornéen incluant les cellules endothéliales.

« La nouvelle cornée est placée dans l'œil du receveur sous sa propre cornée. Puis elle est tenue en position par l'injection d'une bulle d'air dans l'œil sous la nouvelle cornée », explique le Dr Brodovsky.

Et maintenant, les patients se rétablissent plus rapidement.

« J'ai vu un patient aujourd'hui qui s'est fait opérer il y a à peine une semaine, et sa vue s'est déjà améliorée. Avec l'ancienne technique, il lui aurait fallu six à huit semaines pour qu'il retrouve sa vision, mais avec beaucoup d'astigmatisme ou d'irrégularités. »

Selon le Dr Brodovsky, dans environ 70 pour cent des cas, les greffes de cornée sont faites avec la nouvelle technique. La plupart du temps, le problème apparaît au niveau de la couche endothéliale à la suite d'une précédente chirurgie oculaire (pour une cataracte, un glaucome ou un trouble rétinien), ou à cause d'une dystrophie de Fuch, une maladie héréditaire causée par une dégénérescence de la couche endothéliale de la cornée. Les autres greffes cornéennes (20 à 30 pour cent) sont effectuées chez les patients ayant une cicatrice cornéenne due à un traumatisme, ou des séquelles d'une infection (souvent imputable au port de lentilles cornéennes). Il y a aussi une maladie appelée kératocône, où la cornée est amincie, habituellement chez les jeunes en fin d'adolescence ou dans la vingtaine.

Kelly Burnell
Kelly Burnell dit que ce serait formidable si plus de
Manitobains s'inscrivaient au registre de la banque
d'yeux.

La chirurgie nécessaire pour ces maladies est la kératoplastie lamellaire antérieure profonde (KLAP ou DALK), qui préserve une partie de la cornée du patient. « Aujourd'hui, nos techniques sont beaucoup plus sélectives. On peut remplacer la couche de l'œil qui nécessite une greffe. »

Mais avant tout, il faut avoir des cornées disponibles pour la greffe. Lorsqu'un appel entre à la banque d'yeux, une partie du travail de Kelly Burnell consiste à évaluer les cornées aux fins de la greffe.

À la naissance, on a en moyenne de 3500 à 4000 cellules endothéliales dans la cornée, ce nombre diminuant avec les années.

« Le critère pour accepter un don de cornée est qu'il y ait au moins 2200 cellules endothéliales », explique Mme Burnell, ajoutant que pour faire ce décompte, les techniciens utilisent un microscope numérique.
La banque d'yeux préserve également la membrane amniotique, qui est utilisée pour le traitement de plusieurs conditions ophtalmiques, surtout celles qui touchent la surface de l'œil. L'amnios peut être prélevé chez des femmes ayant subi une césarienne planifiée. Il y a en moyenne un seul don de membrane amniotique requis par année.

Aider les gens à recouvrer la vue, voilà pourquoi le personnel de la banque d'yeux est à l'oeuvre, explique Kelly Burnell. « Notre travail n'est pas très prestigieux, mais après, on voit tout le bien qu'on peut faire aux personnes en perte de vision. Ce sont les donneurs qui font la grande différence, qui aident d'autres personnes à voir de nouveau. »

Susie Strachan est conseillère en communications auprès de l'Office régional de la santé de Winnipeg.