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Headline: Formula for better careSociété recherche Manitoba
Une formule gagnante
Un médecin du Manitoba trouve une équation pour détecter les risques d'insuffisance rénale afin d'aider les patients et économiser des millions de dollars en soins de santé

Par Bob Armstrong Sept. / Oct. 2017
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Il y a dix ans au Manitoba, un patient pouvait attendre jusqu'à 280 jours pour voir un néphrologue pour l'évaluation de ses risques d'insuffisance rénale.

À quoi peut-on attribuer cette spectaculaire amélioration dans les soins?

À une formule en apparence toute simple pour évaluer les risques d'insuffisance rénale.

Développée par un spécialiste des reins de Winnipeg, le Dr Navdeep Tangri, l'équation permet aux médecins et au personnel infirmier de prédire avec précision les risques d'insuffisance rénale de leurs patients, pour les deux à cinq années à venir. Ainsi, les patients qui ont reçu un diagnostic de maladie chronique du rein n'ont pas à vivre le stress d'une attente pouvant aller jusqu'à neuf mois avant de recevoir des renseignements importants sur leur état de santé.

Dr. Navdeep Tangri
Le Dr Navdeep Tangri a créé une
équation servant à prédire
l'insuffisance rénale.

Ce changement peut clairement faire une énorme différence pour les patients et leurs proches. Cela dit, la mise en œuvre de cette équation, ici et ailleurs dans le monde, permet aussi d'économiser des millions de dollars en coûts liés aux soins de santé en réduisant le nombre de visites auprès de spécialistes et en assurant d'utiliser les ressources pour les patients qui en ont le plus besoin.

L'accent est mis sur des soins axés sur le patient.

Comme l'explique le Dr Tangri, un patient qui reçoit un diagnostic de perte de fonction rénale se demandera naturellement s'il fait face à une imminente insuffisance rénale ou s'il a besoin de traitements de dialyse.

« Pour bien des gens, les maladies du rein sont synonymes de dialyse et de greffes. Lorsqu'on leur dit que leur fonction rénale est réduite, ils pensent immédiatement qu'une fonction rénale réduite à 40 % est catastrophique. »

En réalité, il y a une grande différence entre une fonction rénale réduite et l'insuffisance rénale. Dépendamment d'autres facteurs, un patient avec une fonction rénale de 40 % peut avoir un risque de seulement 3 ou 4 % d'être atteint d'insuffisance rénale au cours des cinq années suivantes.

Le fait que l'équation permet de prédire rapidement les risques d'insuffisance rénale aide les patients à comprendre que leur situation n'est peut-être pas aussi dramatique qu'ils le pensaient. « Leur niveau d'anxiété diminue immédiatement », affirme le Dr Tangri.

Les patients dont le risque d'insuffisance rénale est faible peuvent se concentrer sur leur plan de traitement et de gestion de la maladie, notamment sur la médication et les changements alimentaires pour soulager les symptômes et prévenir une plus grande perte de fonction rénale. Le traitement doit être axé sur la réduction des risques de maladies cardiovasculaires et sur l'amélioration de la santé globale pour éviter les inquiétudes concernant une éventuelle insuffisance rénale.

Delaine James, infirmière à l'unité de santé rénale de l'Hôpital Seven Oaks, dit qu'il ne aucun doute que l'équation a des répercussions positives sur les soins aux patients.
« Lorsque nous disons aux gens que leur risque est de 10 % pour les deux prochaines années, ils sont rassurés en sachant qu'ils n'auront probablement pas de dialyse avant au moins deux ans. »

Quand les patients apprennent que l'insuffisance rénale n'est pas sur le point de se produire, le personnel infirmier peut leur fournir de l'information et des conseils pour qu'ils apprennent à vivre avec la maladie.
« On évite les réactions de panique, ajoute l'infirmière Joanne Kuz. Ils savent qu'ils ont du temps. »

L'équation est basée sur quatre facteurs : l'âge du patient, le sexe, la filtration glomérulaire (essentiellement, le pourcentage de la fonction rénale) et l'albumine dans l'urine (mesure d'une protéine particulière dans l'urine).

La réduction de la filtration glomérulaire indique que les reins n'arrivent pas à filtrer les impuretés aussi rapidement que des reins en santé. Les reins d'un adulte en santé filtrent 100 ml de sang à la minute, ce qui donne 144 litres par jour. Comme l'adulte moyen a environ cinq litres de sang, cela signifie que le sang est purifié une trentaine de fois par jour. Avec une fonction de 40 %, les reins filtrent 40 ml de sang à la minute, ce qui veut dire que le sang est purifié seulement une douzaine de fois par jour.

Un taux d'albumine élevé dans l'urine signifie que les reins sont comme une passoire. Des reins qui fonctionnent bien devraient complètement la filtrer.

La beauté de l'équation repose sur le fait qu'« elle n'a pas besoin de tenir compte de tous les aspects », mentionne le Dr Tangri. Elle est donc particulièrement pratique pour les professionnels de la santé.

« Les médecins réussissent très bien à déterminer les patients chez qui les risques sont élevés ou faibles, ajoute le Dr Tangri. Il est toutefois plus difficile de prédire les risques pour les patients qui sont quelque part entre ces deux extrêmes. De nombreuses études montrent que l'équation prédit les risques avec plus d'exactitude que les médecins. »

Le Dr Tangri a commencé à travailler sur cette équation en 2009, durant ses études de doctorat à l'Université Tufts de Boston. Il a analysé des données de l'Ontario concernant 8000 patients ayant une maladie du rein pour déterminer les points communs chez ceux atteints d'insuffisance rénale.

La première version de l'équation utilisait huit facteurs pour calculer les risques, mais le Dr Tangri a découvert qu'une équation plus simple de quatre facteurs était tout aussi précise. Il a publié un article sur cette équation en 2011 dans le Journal of the American Medical Association. Par la suite, des spécialistes des maladies du rein ont commencé à l'utiliser. Au fur et à mesure que l'utilisation de l'équation se répandait, un nombre grandissant de données permettant de prédire les risques devenait disponible et le Dr Tangri a publié un autre article dans le JAMA, en 2016.

« Les médecins qui veulent évaluer les risques d'insuffisance rénale partout dans le monde utilisent cette formule. »

Aujourd'hui, cette équation est l'une des innovations médicales provenant du Manitoba les plus utilisées (même s'il a préparé son doctorat à Boston, le Dr Tangri est diplômé de la faculté de médecine de l'Université du Manitoba).

L'équation a été utilisée pour évaluer plus de 700 000 patients dans plus de 30 pays.

Un outil de calcul des risques à l'aide de cette équation est disponible en ligne, à l'adresse kidneyfailurerisk.com. On peut aussi l'utiliser sur un téléphone intelligent avec l'application QxCalculate. Tous les médecins peuvent donc l'utiliser pour expliquer les risques à leurs patients. Le site Web et l'application calculent les utilisations et montrent l'usage en temps réel. En une semaine au début d'août, elle a été utilisée 347 fois au Canada, et 69 fois à Winnipeg, seulement en juillet.

« Les médecins qui veulent évaluer les risques d'insuffisance rénale partout dans le monde utilisent cette formule », affirme le Dr Tangri.

L'utilisation de l'outil de calcul est encouragée dans les cliniques du Manitoba grâce à une subvention de la Société Recherche Manitoba visant à soutenir la collaboration entre les décideurs, les fournisseurs de services et les chercheurs intéressés à travailler ensemble pour améliorer le système de soins de santé. Le Dr Tangri souligne aussi que des collègues du Programme manitobain des maladies rénales et de la section de néphrologie de la faculté de médecine de l'Université du Manitoba adhèrent à son idée et à son programme de recherche.

En plus d'être bénéfique pour les patients, l'équation a aussi amené le Manitoba à adopter une nouvelle approche pour la prise de décisions concernant des patients atteints d'une maladie chronique du rein.

Comme l'explique le Dr Tangri, de nombreuses décisions ayant des répercussions sur les soins fournis aux patients qui ont une maladie du rein étaient auparavant fondées sur l'évaluation de la fonction rénale. Maintenant, elles sont basées sur le risque d'insuffisance rénale, soit une mesure différente.

Par exemple, les médecins de première ligne avaient l'habitude de diriger leurs patients vers un spécialiste lorsque la fonction rénale était évaluée entre 30 et 60 %. Avec l'équation, ils le font lorsqu'un patient présente un risque d'insuffisance rénale supérieur à 3 % en cinq ans. Ainsi, de nombreux patients qui attendaient inutilement pour consulter un spécialiste sont maintenant soignés par leur médecin de première ligne.

D'autres points de transition en matière de soins sont fondés sur des éléments similaires.

Auparavant, on faisait appel à une équipe interdisciplinaire, formée d'un infirmier, d'un diététiste, d'un pharmacien, d'un travailleur social et d'un néphrologue (spécialiste du rein), lorsque la fonction rénale d'un patient était réduite à 30 %. Maintenant, l'équipe entre en scène lorsque le risque d'insuffisance rénale sur deux ans est de 10 % et plus.

Il y a aussi une incidence sur la prise de décisions concernant la création d'une fistule pour faciliter la dialyse. Auparavant, un patient subissait cette intervention chirurgicale lorsque sa fonction rénale était inférieure à 20 %. Désormais, on y a recours lorsque le risque d'insuffisance rénale est de 20 % ou plus dans les deux ans.

Ces changements ont permis aux fournisseurs de soins de santé de concentrer leur attention et les ressources sur les patients dont les besoins sont les plus pressants, ce qui permet d'économiser beaucoup d'argent. En Ontario, l'adoption de cette approche avec des équipes interdisciplinaires s'est traduite par des économies d'environ 7 millions de dollars par année pour le programme provincial des maladies du rein. Au Manitoba, on estime que les économies pourraient atteindre approximativement 1,2 million annuellement.

« Pour avoir des soins de santé universels et viables, il faut des systèmes de triage intelligent. »

« Chaque intervention coûte de l'argent, souligne le Dr Tangri. Pour avoir des soins de santé universels et viables, il faut des systèmes de triage intelligents. »

Il est particulièrement important de prendre en main le traitement des maladies du rein au Manitoba. La province affiche l'un des taux de diabète les plus élevés au pays, une maladie responsable d'environ 45 % des maladies chroniques du rein.

« L'insuffisance rénale et les maladies du rein représentent une épidémie au Manitoba, affirme le Dr Tangri, en ajoutant que le taux chez la population générale est d'environ 15 % et est encore plus élevé chez la population autochtone, soit 30 %. Nous avons les plus hauts taux d'insuffisance rénale au Canada. » L'une des conséquences de ce taux élevé de maladies du rein est qu'en tout temps au Manitoba, 1500 patients sont inscrits au programme de dialyse.

Les maladies du rein font partie des maladies chroniques les plus courantes au monde. Elles touchent jusqu'à 10 % de tous les Nord-Américains et 25 % des Nord-Américains de plus de 65 ans.

En général, on divise l'évolution de la maladie du rein en cinq stades, le 1er stade correspondant à un stade peu avancé, alors que le 5e stade s'approche de l'insuffisance. Le symptôme de plus courant de la maladie chronique du rein est l'épuisement. « Soixante pour cent des patients chez qui la fonction rénale est faible disent être exténués. » L'essoufflement et l'enflure sont aussi des symptômes. Le dépistage est fait à l'aide d'analyses de sang et d'urine. Les personnes diabétiques ou hypertendues ou celles dont un parent au premier degré (parent, frère ou sœur) est atteint d'une maladie du rein doivent passer des tests de dépistage.

Même si les maladies du rein sont courantes, seulement 3 % des personnes diagnostiquées seront atteintes d'insuffisance rénale. Il est donc intéressant de pouvoir séparer ce 3 % des millions d'autres personnes touchées par ces maladies.

Bob Armstrong est un rédacteur de Winnipeg.

Vos reins au travail

La plupart des gens savent que les reins nettoient le sang, mais plus rares sont ceux qui connaissent toutes leurs importantes fonctions, notamment :

  • Contrôler la teneur en sel et en eau dans le sang. Les personnes qui ont une fonction rénale réduite ont souvent des problèmes d'hypertension artérielle et de gonflement.
  • Activer la vitamine D fournie à l'organisme par le soleil. Une fonction rénale déficiente peut donc entraîner des problèmes de densité osseuse.
  • Fabriquer l'hormone érythropoïétine. Cette hormone contrôle la production des globules rouges. Les personnes qui ont une fonction rénale réduite sont à risque de faire de l'anémie.
  • Réguler l'équilibre du pH (acido-basique) dans le sang. Un pH trop bas (acide) peut entraîner de la fatigue, de la confusion et une respiration rapide. Un pH trop élevé (basique) peut entraîner des contractions musculaires, des engourdissements, de la nausée, des vomissements et de la confusion.

Les maladies du rein en chiffres :

15
Pourcentage de Manitobains ayant une maladie chronique du rein.

30
Pourcentage d'Autochtones au Manitoba ayant une maladie chronique du rein.

Voici les principales causes des maladies du rein, en pourcentage :

45
Diabète

25
Hypertension

15
Système immunitaire/génétique

15
Autres

Pour en savoir plus sur les maladies chroniques du rein : kidneyfailurerisk.com

À propos de la Société Recherche Manitoba

La Société Recherche Manitoba soutient financièrement la recherche scientifique dans la province.

Relevant du ministre de la Croissance, de l'Entreprise et du Commerce, la Société Recherche Manitoba dispose d'un budget annuel de 15 millions de dollars et soutient des chercheurs dans les domaines de la santé, des sciences naturelles, des sciences sociales, du génie et des sciences humaines.

Ce soutien est offert sous forme de subventions et de programmes visant à aider des chercheurs en début ou en milieu de carrière. De plus, la Société Recherche Manitoba contribue à rémunérer des stagiaires dans le cadre de divers partenariats et bourses de recherche.

Pour en savoir plus sur la Société Recherche Manitoba et sur le soutien accordé au milieu de la recherche au Manitoba, visitez le site www.researchmanitoba.ca