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La grande
pandémie

Cent ans après que la grippe espagnole de 1918-1919 eut tué
des millions de personnes dans le monde, les scientifiques
découvrent ce qui a rendu ce virus si dévastateur, et
comment prévenir de telles épidémies dans l'avenir
Des livreurs du journal Winnipeg Free Press portent des masques dans l'espoir de se protéger contre la pandémie de grippe espagnole. (Photo : L.B. Foote/archives du Winnipeg Free Press)
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Par Bill Redekop
Nov./Déc. 2018

Pour bon nombre d'entre nous, le vaccin annuel contre la grippe fait autant partie des rituels de l'hiver que les vêtements chauds et les pelles à neige.

Deux fois par année, l'Organisation mondiale de la santé (OMS) examine les souches de grippe présentes dans le monde et recommande un vaccin pour la prochaine saison. Des entreprises privées produisent ensuite ces vaccins qui seront administrés dans le monde entier.

Le gouvernement du Manitoba offre gratuitement le vaccin contre la grippe. Ce vaccin renforce les mécanismes de défense individuels. Plus il y a de personnes immunisées contre un virus, moins il y aura d'hôtes pour le propager.

Cette mesure n'est pas seulement bénéfique pour la santé individuelle des Manitobains, elle est aussi avantageuse pour l'économie. Non seulement la campagne de vaccination contre la grippe réduit l'absentéisme au travail, elle fait en sorte que les consommateurs peuvent sortir pour acheter des cafés, de l'essence et des hamburgers, plutôt que de rester couchés, avec de la fièvre.

Le programme de vaccination permet aussi d'avoir de la place dans les hôpitaux pour les patients qui en ont besoin et évitent de nombreuses annulations d'interventions chirurgicales non urgentes.

Les choses étaient bien différentes il y a un siècle. La saison de la grippe était vue comme un aspect normal de l'hiver et n'était pas prise tellement au sérieux.

La grippe espagnole de 1918-1919 a tout changé. Elle a été la pandémie la plus mortelle de l'histoire de l'humanité. Plus de personnes sont mortes de la grippe espagnole en 15 mois que de la pandémie de peste bubonique, aussi appelée peste noire, qui a sévi de 1347 à 1351.

Rien ne pouvait arrêter la grippe espagnole. Un tiers de la population mondiale l'a contractée, et de 50 à 100 millions de personnes en sont décédées. Environ les trois quarts des décès sont survenus il y a un siècle, durant les quatre derniers mois de 1918.

Photo of Dr. Fred Orok
Une impressionnante mobilisation
Des fournisseurs de soins de santé à temps plein et bénévoles se sont ralliés pour aider les personnes touchées par la grippe espagnole.
Cliquer ici pour lire l'article

Une personne pouvait mourir trois jours après avoir contracté le virus de l'influenza. On raconte que certaines personnes allaient se coucher en apparente bonne santé et ne se réveillaient pas. Des gens de tous les horizons et de tous les milieux socioéconomiques tombaient comme des mouches.

Il n'y a pas de consensus sur l'origine de la pandémie. Selon certains historiens et experts en santé, la grippe a pu apparaître en France, en Grande-Bretagne, en Asie ou peut-être aux États-Unis. Cependant, tout le monde s'entend pour dire qu'elle n'est pas apparue en Espagne.

Selon un article publié dans la revue médicale Clinical Infectious Diseases, il est généralement admis que l'Espagne a été associée avec cette grippe en grande partie parce qu'elle était un pays neutre durant la Première Guerre mondiale. Comme l'explique l'article, les pays en guerre ne permettaient pas aux journaux de parler de l'éclosion de grippe, de peur qu'elle mine le moral des troupes ou procure un avantage à leurs adversaires. De leur côté, les journaux espagnols non censurés pouvaient parler plus librement de la grippe qui commençait à se propager en Europe, surtout après que de nombreux Espagnols eurent été frappés par le virus, y compris le roi, le premier ministre et des membres du Cabinet.

Quelles que soient ses origines, les experts croient que la propagation de la grippe en Amérique du Nord a été favorisée par les déplacements des soldats qui partaient et revenaient de la guerre. Nous étions à l'aube des transports modernes, avec les voies ferrées qui sillonnaient les continents et l'augmentation de la navigation maritime. Voilà ce qui est effrayant lorsque l'on pense à une pandémie de nos jours. Dans notre monde moderne, le volume et la vitesse des déplacements montent en flèche, ce qui permettrait à une pandémie de se répandre encore davantage.

Les sentiments de commisération face à l'épidémie mortelle de grippe dans les autres parties du monde étaient nombreux. En mars 1918, une éclosion de grippe a touché des milliers de soldats et en a tué 46, à Fort Riley, au Kansas. À l'automne 1918, la grippe n'avait toutefois pas encore atteint Winnipeg. Puis, le 30 septembre, on a annoncé que 15 hommes à bord d'un train de soldats qui s'arrêtait à Winnipeg avaient contracté le virus de la grippe. Le lendemain, il y en avait 23. Les soldats ont été transportés sur des civières et mis en quarantaine à l'hôpital militaire de l'Ordre impérial des filles de l'Empire qui recevait des soldats convalescents.

Le 7 octobre, la presse locale signalait deux décès et deux autres soldats à l'article de la mort. Cependant, le virus avait déjà commencé à circuler à l'extérieur de la zone de quarantaine et se propageait rapidement dans la population générale. Les hôpitaux se remplissaient et ont rapidement dû refuser des patients. Les autorités sanitaires ont commencé à chercher des endroits supplémentaires pour recevoir les malades.

Au Canada, jusqu'à 55 000 personnes sont mortes de la grippe espagnole. Elle a tué au moins 1200 personnes à Winnipeg qui comptait une population de 180 000 personnes à l'époque.

Dans le cimetière de l'église de Hochfield, non loin de Steinbach, un monument en pierre a été érigé à la mémoire de 20 enfants morts de la grippe espagnole. Steinbach avait moins de 500 habitants à l'époque. En novembre, il y avait eu 400 cas de grippe à Portage la Prairie. Au plus fort de l'épidémie, au début novembre, il y avait à Winnipeg 700 nouveaux cas de grippe espagnole par jour.

Une fosse commune a été creusée dans la Première Nation Sagkeeng pour les victimes de la grippe espagnole. À Norway House, au nord du lac Winnipeg, un important poste de traite à l'époque, près d'une personne sur cinq a perdu la vie.

Dans les Premières Nations de la Colombie-Britannique, le taux de mortalité était de 46 par 1000 habitants.

On trouve ces statistiques dans le fascinant livre d'Esyllt Jones intitulé Influenza 1918: Disease, Death, and Struggle in Winnipeg. Les pays asiatiques ont été les plus touchés, avec un taux de mortalité de quatre à cinq fois supérieur à celui du Canada. De 20 à 34 personnes par 1000 habitants sont décédées en Asie, comparativement à un taux de 6,1 personnes par 1000 habitants au Canada.

Le nombre de victimes était si élevé que les services funèbres ont été autorisés le dimanche à Toronto, même si peu de gens y assistaient. De nombreuses personnes évitaient ces services, tout comme les autres endroits bondés. En Saskatchewan, les taux de mortalité en région rurale étaient deux fois plus élevés que la moyenne provinciale. Des familles entières ont été décimées, laissant derrière elles du bétail affamé.

Archival images of Winnipeg in 1918
À gauche : La une du journal Winnipeg Evening Tribune parle de l'impact de la grippe à Winnipeg. À droite : Des infirmières transportent un cercueil à l'extérieur du salon funéraire Gardiner de la rue Kennedy durant la pandémie de grippe espagnole. (Photo : Archives Manitoba)

L'âge des victimes a été un autre facteur surprenant de la grippe espagnole. Auparavant, toutes les autres éclosions de grippe connues avaient suivi une répartition en forme de U. Ainsi, elles étaient plus meurtrières pour les très jeunes et les personnes très âgées. La grippe espagnole suivait un nouveau modèle. Elle était répartie en W. Elle tuait aussi les plus jeunes et les plus âgés, mais était plus dévastatrice dans le segment le plus en santé de la population, les personnes de 20 à 39 ans.

Chez les enfants, les petits de trois ans et moins étaient les plus vulnérables. Environ 150 enfants de ce groupe d'âge sont morts de la grippe espagnole à Winnipeg, alors qu'une centaine d'enfants de quatre à neuf en sont décédés.

Une centaine de jeunes de 10 à 19 ans ont aussi perdu la vie, selon les données compilées par Esyllt Jones.

Sur les 1216 décès enregistrés à Winnipeg, 750 concernaient des hommes et des femmes de 20 à 39 ans, soit près de 60 %. Ces données démographiques étaient étonnantes et inattendues, indique Jones.

La plupart des victimes étaient des mères et des pères de jeunes enfants. La grippe espagnole a dévasté de nombreuses familles. Des familles ont perdu des frères, des sœurs, des fils, des filles, des mères et des pères. Des mères et des pères se sont retrouvés seuls pour s'occuper de leurs enfants survivants et de nouveaux orphelinats sont apparus pour recevoir de nombreux enfants sans foyer.

Contrairement aux grippes saisonnières qui vont et viennent chaque année, la grippe espagnole a été pandémique. Des pandémies de grippe surviennent à l'apparition d'une souche mutante d'un virus pour laquelle la plupart des gens n'ont pas d'immunité naturelle. Un virus en apparence inoffensif mute alors en une souche plus virulente et mortelle.

Jusqu'à il y a une dizaine d'années, aucune explication satisfaisante ne permettait de savoir pourquoi la grippe s'attaquait à la population en meilleure santé. Kevin Coombs, un professeur de microbiologie médicale au Max Rady College of Medicine de l'Université du Manitoba, a publié récemment des résultats qui permettent d'expliquer pourquoi la grippe espagnole s'est comporté de la sorte.

Kevin Coombs, originaire de l'état de New York, explique qu'il a voulu étudier les virus en raison de « la façon dont quelque chose d'aussi petit peut causer autant de souffrances, la façon dont un simple organisme peut prendre le contrôle d'une cellule et la forcer à faire ce que le virus impose ».

Avec les coauteurs Darwyn Kobasa et Charlene Ranadheera de l'Agence de la santé publique du Canada (ASPC), Kevin Coombs a trouvé des éléments qui corroborent l'idée que les gens ne sont pas morts directement de la grippe, mais d'une réaction excessive de l'organisme. Coombs fait une comparaison avec un choc anaphylactique, une réaction allergique sévère à un antigène qui amène les gens à utiliser un auto-injecteur d'épinéphrine pour contrer la réaction extrême de l'organisme.

« Ce n'est pas ce à quoi vous êtes allergique qui vous tue, mais votre réaction à cette chose », dit-il.

Photo of Kevin Coombs
Le chercheur Kevin Coombs avec des cultures cellulaires qui serviront à ses recherches. Selon lui, des gens sont morts de la grippe espagnole parce que leur système immunitaire a réagi de façon excessive au virus.

Le virus létal de la grippe causait ce que l'on appelle un « choc cytokinique ».

La cytokine est une molécule utilisée par les cellules pour communiquer entre elles. Le groupe de Kevin Coombs s'est servi des installations exceptionnelles de l'ASPC et a été le premier à étudier la façon dont les protéines communiquent entre elles dans les cellules infectées par la grippe espagnole. Il a ainsi commencé à expliquer comment la grippe espagnole cause une production excessive de cytokines qui envahissent ensuite les poumons et qui provoquent une accumulation de liquide si importante que les gens n'arrivent plus à respirer.

« La production est telle que beaucoup de gens se sont littéralement noyés dans leurs propres sécrétions », ajoute-t-il.

Voilà ce qui explique pourquoi les personnes de 20 à 39 ans ont été les plus durement touchées. Elles avaient les systèmes immunitaires les plus robustes et la grippe espagnole a retourné leurs systèmes immunitaires contre elles.

Ces recherches visent à trouver un vaccin, ou une « solution magique », pour la grippe pandémique, précise Kevin Coombs.

« Le facteur majeur concernant la grippe est que le virus change si rapidement que nous avons besoin d'un vaccin différent chaque année. » Nous espérons que la recherche permettra de trouver les caractéristiques communes entre les virus pour ensuite développer un agent qui les rendrait inoffensifs, maintenant et à l'avenir. « Nous pourrons peut-être trouver un point commun entre toutes les grippes et que toutes les grippes futures auront aussi pour pouvoir enrayer le virus à la source », dit-il.

Selon certains scientifiques, une nouvelle pandémie de grippe de l'ampleur de la grippe espagnole serait à nos portes. Récemment, il y a eu la grippe porcine, aussi appelée H1N1, qui a fait 200 000 victimes à l'échelle mondiale, en 2009. La grippe porcine présentait un schéma de répartition en W plus modéré, mais le pic du milieu n'a pas été aussi important que pour la grippe espagnole. La grippe asiatique de 1957 et la grippe de Hong Kong de 1968-1969 ont fait plus de victimes, soit environ un million de morts chacune.

Photo of Myrna Dyck
Selon Myrna Dyck, les gens n'étaient pas préparés pour les effets dévastateurs de la pandémie de grippe espagnole.

Toutefois, il y a un siècle, les gens n'étaient pas prêts à affronter une pandémie comme celle de la grippe espagnole.

« Les gens n'étaient pas préparés », affirme Myrna Dyck, épidémiologiste responsable de la prévention et du contrôle des infections pour les six hôpitaux de l'Office régional de la santé de Winnipeg, ainsi que pour le Centre Deer Lodge, le Centre Riverview et le Centre de santé Misericordia.

« Ils croyaient que des phénomènes comme la peste noire n'existaient que dans les livres d'histoire. Ils ne savaient pas qu'une telle pandémie pouvait encore se produire. »

Les virus n'avaient même pas encore été découverts et n'allaient pas l'être avant les années 1930. Les gens se doutaient que la grippe frappait différemment des bactéries, mais ne comprenaient pas ce qu'était un virus.

Les antiviraux pour combattre la grippe ne seraient découverts qu'en 1966, près de 50 ans après la grippe espagnole.

Les antibiotiques n'avaient pas encore été découverts non plus. Bien qu'ils ne soient pas efficaces contre le virus de la grippe, les antibactériens peuvent être utilisés pour combattre les bactéries. Souvent, la grippe entraîne une pneumonie secondaire (infection bactérienne) qui peut maintenant être traitée à l'aide d'antibiotiques, ce qui n'était pas le cas à l'époque. L'accumulation de liquide dans les poumons crée un milieu idéal pour le développement des bactéries de la pneumonie.

Certains des traitements de l'époque comprenaient l'utilisation d'arsenic, de mercure, de strychnine, d'aspirine, d'alcool et même, dans de rares cas, de saignées pour, théoriquement, purger le corps de ses toxines. Cette pratique était néfaste, car l'organisme était déjà déshydraté.

Alors que les gens ne possédaient pas de connaissances scientifiques sur la grippe, ils savaient par l'observation empirique qu'elle pouvait se propager par la toux et les éternuements. Malgré cela, ils n'avaient pas compris à quel point la maladie était contagieuse. Par exemple, ils ne savaient pas que le simple contact avec des objets sur lesquels le virus se trouvait pouvait le transporter dans l'organisme en passant par le nez, les yeux et la bouche. Ils ignoraient que le fait de tousser dans la main pour ensuite donner la main pouvait transmettre le virus. Ils ne savaient pas non plus que la grippe avait une période d'incubation de deux jours, ce qui veut dire qu'une personne pouvait n'avoir aucun symptôme pendant 48 heures, mais quand même transmettre l'infection. De plus, les gens n'observaient pas les mesures d'hygiène ni les conditions sanitaires d'aujourd'hui.

Des gens portaient des masques. L'Alberta a rendu obligatoire le port du masque en public. Le masque n'était pas obligatoire au Manitoba, mais certains citoyens en portaient et les travailleurs de la santé le faisaient. Une photo historique montre des livreurs du Winnipeg Free Press portant le masque avant de partir pour livrer leurs journaux. Toutefois, ces masques n'étaient pas jetables comme ceux d'aujourd'hui et des experts croient que les masques en tissu étaient de véritables nids à microbes, y compris pour des bactéries potentiellement mortelles causant des bronchites ou des pneumonies. Les masques portés par les professionnels de la santé étaient lavés régulièrement et étaient plus hygiéniques.

Même les papiers-mouchoirs n'avaient pas encore été inventés. Les mouchoirs jetables feraient leur arrivée six ans plus tard.

Un vaccin développé par la Clinique Mayo de Minneapolis a été importé et reproduit dans la région par l'autorité sanitaire de Winnipeg, dirigée par le Dr Gordon Bell et d'autres laboratoires médicaux. Il a été distribué à grande échelle et a redonné espoir à la population, mais sans plus. Le vaccin était inefficace. Les responsables de la santé ignoraient ce qui rendait la grippe si virulente et si mortelle.

La seule mesure de prévention consistait à éviter de se trouver à proximité de personnes malades, ce qui était difficile lorsque des membres d'une même famille avaient contracté le virus. Les rassemblements publics ont été interdits à Winnipeg. (La province a rendu une ordonnance spéciale pour autoriser les municipalités à interdire les rassemblements publics.) Les édifices publics, comme les écoles, les églises et les théâtres ont été fermés pendant 46 jours.

En 1918, le plan de lutte contre la grippe espagnole au Manitoba comprenait la sensibilisation de la population en matière d'hygiène, l'évitement des foules et la mise en quarantaine des personnes souffrant de la grippe espagnole, bien que cette dernière mesure n'ait jamais été rigoureusement suivie.

Si une pandémie semblable à celle de la grippe espagnole sévissait aujourd'hui, elle ne ferait pas autant de morts, mais il est difficile de dire à quel point elle serait létale. De nos jours, nous sommes en meilleure santé. Nous avons de meilleures conditions sanitaires et une meilleure alimentation. Nous avons des médicaments antiviraux, comme l'oseltamivir, qui peuvent raccourcir la durée de la grippe et en réduire l'intensité s'ils sont pris dans les quatre premiers jours de l'apparition des symptômes. Les désinfectants pour les mains à base d'alcool peuvent tuer les virus et on en trouve partout, y compris dans les restaurants.

« Tous ces facteurs font en sorte que nous sommes en meilleure santé et que nous pouvons nous rétablir plus rapidement d'une infection virale, explique Myrna Dyck. Nous nous lavons les mains et nous savons que ce geste fait une différence, pour nous, comme pour les autres personnes qui nous entourent. Je ne sais pas à quel point cela était connu en 1918. »

On nous enseigne aussi à tousser dans le creux de notre coude plutôt que dans nos mains, car nous sommes moins susceptibles de toucher des choses avec l'intérieur de notre coude. Le fait de tousser dans nos mains favorise la propagation des germes. Vous n'allez pas vous frotter les yeux ou le nez avec l'intérieur de votre coude.

Vous ne devriez pas non plus toucher votre visage après avoir manipulé de l'argent ni en utilisant un appareil d'exercice dans un gymnase public. Au risque de rendre les gens germophobes, ces habitudes peuvent contribuer à prévenir la propagation de la grippe et elles sont enseignées aux enfants dès la maternelle.

En outre, de nos jours, nous avons des vaccins qui nous aident à contrer le virus de la grippe saisonnière.

Photo of an exhibit from Defining Moments Canada marking the 100th anniversary of the Spanish flu pandemic
Une exposition de Moments déterminants Canada marquant le 100e anniversaire de la pandémie de grippe espagnole a été présentée au Centre des sciences de la santé de Winnipeg, en octobre.

On oublie parfois que 46 personnes ayant reçu un diagnostic d'influenza confirmé en laboratoire sont décédées au Manitoba l'an dernier. Bien que l'on ne sache pas si l'influenza a contribué à leur décès, il est probable qu'un plus grand nombre de personnes auraient été malades et seraient peut-être mortes sans la vaccination dans toute la province.

Deux fois par année, l'OMS examine les types de virus grippaux prévalents qui circulent dans le monde afin de déterminer la composition du vaccin qui sera administré pour la prochaine saison.

Une réunion a eu lieu en février pour recommander le vaccin de l'hémisphère Nord pour la prochaine saison et en septembre pour préparer des recommandations pour la saison à venir dans l'hémisphère Sud.

Le but consiste à créer un vaccin efficace contre une souche particulière de la grippe. La plupart du temps, le vaccin a une efficacité de 40 à 60 %.

Ce résultat n'est pas mauvais compte tenu du fait que le virus de la grippe est en constante mutation, ce qui complique la production d'un vaccin pour les virus en circulation. « Il s'agit essentiellement de deviner quel virus qui sera en circulation six mois plus tard. Parfois, ils ont raison et parfois ils se trompent », explique Coombs.

Toutefois, cette année les choses semblent bien se passer. Jusqu'ici, les premiers résultats concernant le vaccin de cette année ont été très positifs en Australie où l'hiver, et la saison de la grippe, arrivent environ six mois avant chez nous, dit Myrna Dyck.

« Bien que la saison de la grippe soit encore jeune au Canada, il semble que le vaccin lutte efficacement contre le virus en circulation. Les chances sont donc bonnes d'éviter la grippe cette année, à condition de se faire vacciner », ajoute-t-elle.

Les responsables du Manitoba s'attendent à avoir une saison de la grippe typique cette année et non une pandémie comme il y a 100 ans. Il convient de noter que s'il y avait une pandémie aujourd'hui, il faudrait environ six mois pour développer et administrer un nouveau vaccin pour contrer la souche plus virulente et mortelle de la grippe, précise Myrna Dyck.

Ce délai aurait un impact considérable sur la santé des Manitobains. Si une mutation fatale frappait cette année, il n'y aurait aucun vaccin pour lutter contre la première vague moins virulente, selon le scénario de la grippe espagnole et ce serait une course effrénée pour procéder à la vaccination avant une deuxième vague.

Pourtant, on peut se demander ce que les gens qui vivaient en 1918 penseraient de notre attitude face à la grippe, saisonnière ou autre. L'an dernier, seulement 22 % des Manitobains ont profité de la vaccination offerte gratuitement par le gouvernement. Le taux relativement faible de vaccination est frustrant pour les personnes qui travaillent à la prévention de la grippe. Même si un vaccin n'offre pas une protection absolue contre la grippe, il peut quand même éradiquer certains éléments, atténuer les symptômes et, ultimement, sauver des vies.

« Les gens sont inquiets parce que le vaccin n'était pas très efficace l'an dernier. Il n'était peut-être pas parfait, mais si vous aviez reçu le vaccin avant d'avoir la grippe, vous aviez moins de risques d'en mourir, affirme Myrna Dyck. Le vaccin semble fournir une certaine protection contre la sévérité de la maladie. Il vous protégera, même si vous avez la grippe. »

Voilà pourquoi Myrna Dyck encourage les gens à se faire vacciner en plus grands nombres.

« Le vaccin est gratuit et vous protège. »

Bill Redekop est un rédacteur de Winnipeg.