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C'est un miracle!
Pour la première fois en 50 ans, le rédacteur
de Winnipeg, Gerald Flood, peut respirer
aisément après une intervention réalisée
pour corriger la déviation de sa cloison
nasale
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Par Gerald Flood
Mars/Avril 2019

En octobre dernier, une intervention assez courante qui a consisté à réparer le cartilage septal et l'os endommagés de mon nez et à enlever les excroissances enracinées dans mes sinus a mis fin à toute une vie de difficultés respiratoires chroniques. Je suis entré dans une salle d'opération de l'hôpital Saint-Boniface un après-midi et je suis reparti le lendemain matin après avoir vécu ce que je qualifierais de miracle.

Pour la première fois en 50 ans, j'ai pu respirer par le nez avec si peu d'efforts que je pensais inhaler de l'air comprimé.

C'est à la fois un émerveillement, un plaisir et une révélation de constater que de respirer facilement est la norme pour la plupart des gens qui le font plus de 25 000 fois par jour.

J'ai aussi vite appris que je n'étais pas le seul à souffrir inutilement.

Selon le Dr Richard Gall, otorhinolaryngologiste de Winnipeg (ORL - chirurgien des oreilles, du nez et de la gorge), la moitié de ses patients se plaignent, comme je le faisais, que leurs difficultés respiratoires ne sont pas structurelles, mais le résultat « d'allergies » ou « de difficultés à respirer par les sinus » ou d'autres états vaguement définis et probablement empruntés à des publicités télévisuelles inépuisables qui se vantent de soulager le rhume, les virus d'influenza et des maux vagues et généraux décrits comme « de la congestion ».

Vu toute l'attention tournée vers l'atténuation des symptômes à l'aide de pilules en marketing, il me semblait insensé de penser que mon problème se situait en fait dans ma tête, que mon « nez cassé » était le facteur constant d'une myriade de difficultés respiratoires.

En fait, pour un très grand nombre de personnes, les problèmes de structure du nez sont souvent la source de leurs ennuis respiratoires. Ils ne le savent pas ou ne le croient pas.

« Je vais dire à un patient : "Si vous me dites que vous avez une congestion des sinus, vous devez m'expliquer ce que vous entendez par là". Et il me répond : "Eh bien, l'air passe mal de ce côté" », dit le Dr Gall.

« Puis je dis : "L'air qui passe dans votre nez." Et là, il me répond : "Bien, oui." ».

« Pour moi, la congestion des sinus est une pression, une impression de nez bouché, d'inconfort, de la fièvre, une douleur faciale, une douleur dentaire que nous observons chez les gens qui ont des infections [des sinus] et d'autres affections semblables.

Il existe tellement de perceptions différentes de la source de la plainte que j'essaie [d'abord] de cerner qui a de la difficulté à respirer par le nez et pourquoi tel est le cas. »

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Photo of the CT scan and image of Gerald Flood's deviated septum, turbinates and polyp.
Le tomodensitogramme et l'image ci-dessus montrent l'emplacement de la déviation de la cloison nasale, des cornets nasaux et des polypes chez Gerald Flood.

Mes problèmes respiratoires ont commencé quand j'étais enfant. Par un dimanche après-midi ensoleillé, mon frère et moi jouions chez un ami lorsque nous nous sommes rendu compte que nous étions en retard pour le souper. Les retards au souper pouvaient s'excuser la plupart du temps, mais pas le dimanche, lorsque nous avions eu tout l'après-midi pour nous assurer d'être à l'heure et présentables.

Nous avons donc couru à la maison. Mon frère était sur mes talons lorsque j'ai trébuché et nous sommes tous les deux tombés l'un sur l'autre, son corps poussant mon visage dans le gazon. J'ai entendu comme un craquement à l'intérieur de ma tête que je n'ai jamais oublié.

Je n'ai pas d'autres souvenirs de cet instant. Est-ce que j'ai eu mal? Est-ce que j'ai saigné du nez? Avons-nous été réprimandés? Je n'en ai aucune idée. Je ne savais pas non plus que le bruit qui s'est imprégné dans ma mémoire avait aussi physiquement marqué mon nez par une mutilation de sa structure interne.

Le bruit a été celui de la fracture de ma cloison nasale ou septum nasal - la mince paroi de cartilage et d'os située au centre de notre nez et qui sépare les narines droite et gauche du nez.

Le poids de mon frère et notre inertie combinée qui ont pesé sur le cartilage l'ont fait céder et se déformer en zigzag.

Le zig a été si extrême qu'il a pour ainsi dire complètement bloqué la narine droite, tandis que le zag, comme un après-coup, a été moins intense et n'a pas bloqué la narine gauche.

Ce type de blessure s'appelle une déviation de la cloison nasale. Certains pourraient penser qu'il s'agit d'un nez cassé, comme je l'ai plus ou moins laissé entendre ci-dessus, mais ce n'est pas le cas. Pour se casser le nez, il faut casser les os du nez, la structure dure inversée en forme d'Y où le crâne rejoint le nez. Un nez cassé peut saigner et les yeux noircir. Une déviation de la cloison nasale est rarement aussi spectaculaire.

Selon des études, 37 % environ des Nord-Américains ont une déviation de la cloison nasale. Dans certains cas, on croit que cela s'est produit sous la pression du canal génital. Le plus souvent, la déviation résulte d'un coup sur le nez - un coup de coude involontaire, peut-être, ou une prise de baseball méjugée.

Les déviations sont habituellement mineures et ne nécessitent pas d'intervention médicale. Cependant, dans environ 25 % des lésions (8 % de la population, environ 100 000 Manitobains), la déviation est si grave qu'elle cause des difficultés respiratoires.

Le blocage en soi n'est généralement pas si grave.

Le fait que les voies nasales ne fonctionnent plus comme elles le devraient pose plus un problème. La libre circulation de l'air dans des voies normales - appelée flux laminaire - peut être si perturbée qu'elle entraîne l'assèchement et l'irritation de la paroi nasale, ce qui crée de l'enflure ou produit du mucus et peut, dans les deux cas, perturber la respiration en réduisant l'apport d'air ou en bloquant les voies respiratoires.

Lorsque cela se produit, la personne dont la cloison nasale est déviée pourrait à tort conclure qu'elle a une réaction allergique ou quelque autre trouble présumé.

Il est encore plus problématique lorsque la déviation a des effets composés sur d'autres structures du nez.

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On ne les voit pas, mais à l'intérieur des narines il y a des os qu'on appelle cornets nasaux. Chez la plupart des gens, il y a trois paires de cornets nasaux qui sont des lames osseuses « enroulées » depuis le bas jusqu'au sommet de la voie nasale. La paire la plus grosse, le cornet nasal inférieur, se trouve à la base du nez. Le cornet nasal supérieur est plus petit et situé au sommet du nez et le cornet nasal intermédiaire, vous l'aurez deviné, au milieu du nez.

Les cornets nasaux, en particulier les gros cornets inférieurs qui mesurent entre cinq à sept centimètres de long chez les adultes, jouent un rôle clé dans la respiration en nettoyant, en humidifiant et en réchauffant l'air en direction des poumons.

Ces cornets sont revêtus d'une membrane appelée muqueuse nasale. (En fait, le même tissu recouvre toute la cavité nasale, y compris l'intérieur des huit fosses sinusales.) La muqueuse nasale est riche en capillaires sanguins et contient des cellules qui sécrètent le mucus et d'autres qui font pousser de minuscules « poils » appelés cils. Le mucus maintient l'humidité de la membrane nasale, tout en empêchant les particules d'entrer dans le nez.

Graphic of nose pathologies

Nous remarquons rarement que nos cavités nasales produisent quotidiennement 1,5 litre environ de mucus liquide clair et l'envoient dans l'estomac. Cependant, lorsque la muqueuse nasale est irritée, en particulier par suite d'un virus ou d'une allergie, la production de mucus peut augmenter de façon exponentielle et passer à plus de trois litres par jour, ce qui a des effets perceptibles comme un nez qui coule et de la congestion.

Lorsque cela se produit, les minuscules ouvertures des sinus peuvent se bloquer, de sorte que le mucus clair « stagne » à l'intérieur et devient vert - un processus qui n'est pas sans rappeler un étang d'eau de pluie qui se décolore au fil du temps. Grand nombre de personnes pensent à tort que le mucus vert épais expulsé est un signe d'infection nasale. Ce n'est pas le cas. Les infections produisent du pus, qui est blanc.

Les cornets nasaux augmentent considérablement la surface de la cavité nasale. Comme ils sont revêtus d'une muqueuse riche en capillaires sanguins, l'air qui passe prend rapidement la température du corps - ce qui est bien agréable lorsqu'il fait -30 °C à l'extérieur.

Comme ces cornets se trouvent près de la cloison, tout ce qui fait enfler un cornet vers la cloison peut créer un blocage, ce qui se produit presque invariablement lorsqu'une déviation de la cloison nasale bloque déjà partiellement les voies nasales.

L'enflure des cornets nasaux - de toute la muqueuse nasale d'ailleurs - entraîne le plus souvent, lorsque la muqueuse nasale est irritée, une affection appelée rhinite.

Les allergies, habituellement des pneumallergènes comme le pollen ou les acariens détriticoles, causent environ 40 % des rhinites. Les 60 % restants sont toutefois attribuables à un méli-mélo de causes probables, allant des virus comme le rhume et la grippe aux irritants comme la fumée, les odeurs chimiques, la moisissure, les aliments épicés, l'alcool, les changements dans les conditions atmosphériques et même l'excitation sexuelle.

La diversité des causes fait qu'il est facile pour quelqu'un comme moi de faire le lien entre les problèmes viraux et allergiques (cornets nasaux enflés) et les difficultés respiratoires et de ne tenir aucun compte d'aspects structurels comme une déviation de la cloison nasale.

En fait, les cornets nasaux enflent normalement même en l'absence d'irritants. Toutes les deux à huit heures, les capillaires sanguins de la muqueuse d'un cornet enflent (deviennent congestionnés) tandis que les capillaires de la muqueuse de l'autre se contractent (désenflent).

Photo of Dr. Richard Gall demonstrating how a probe is inserted into a patient's nose
Dr Richard Gall (à droite) montre l'insertion d'une sonde dans le nez d'un patient. (Photo : Marianne Helm)

On ne sait pas trop pourquoi. Selon le site Web de la clinique Mayo, la raison pourrait en être que le cycle garantit que l'une ou l'autre des voies nasales a toujours au moins une occasion d'avoir un flux d'air supérieur.

Le cycle se manifeste parfois dans ce qu'on appelle l'« obstruction nasale paradoxale ». Si, par exemple, la cloison bloque la voie nasale de gauche d'un patient, cela n'aura pas beaucoup d'importance que le cornet nasal gauche enfle ou rétrécisse, l'air n'y passera pas. Le patient pourrait logiquement en venir à croire que comme la voie de gauche fonctionne toujours de la même manière, elle n'est pas la source du blocage.

Toutefois, l'enflure et la contraction du cornet nasal du côté droit pourraient sensiblement réduire le flux d'air du côté droit, ce qui pourrait porter le patient à conclure, paradoxalement, que la voie nasale de droite pose problème, pas la gauche.

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Les cornets nasaux jouent également un rôle dans notre « expérience » de la respiration. Les nerfs à leur surface signalent au cerveau que de l'air passe sur eux. La réduction chirurgicale de la taille des cornets nasaux inférieurs, parfois nécessaire pour ouvrir une voie nasale, réduira également leur surface et affaiblira les signaux du passage de l'air au cerveau.

Les personnes dont les signaux ont été ainsi affaiblis ont souvent une affection appelée « syndrome du nez vide ». Parce que leur nez a cessé de signaler le passage de l'air, elles pensent qu'elles ne respirent pas ou ne peuvent pas respirer par le nez.

L'accoutumance aux antihistaminiques ou à la cocaïne causera des dommages graves aux muqueuses et mènera à la même sensation de « nez vide ».

Les personnes qui utilisent de l'onguent « vapour rub » en croyant qu'il ouvrira les voies respiratoires doivent cependant savoir que le menthol libéré par ces onguents n'ouvre pas les voies. En fait, le menthol stimule les mêmes récepteurs de flux d'air qui causent le « syndrome du nez vide », mais à l'inverse, il crée la sensation d'un flux d'air accru alors qu'il n'y a aucune augmentation réelle.

Il n'y a rien de mal à utiliser ces onguents, car sentir un soulagement est souvent la moitié de la bataille, dit le Dr Gall.

Il n'y a rien de mal non plus à utiliser des décongestionnants. Ils fonctionnent en fait en provoquant la contraction des capillaires sanguins de la muqueuse, ce qui réduit l'enflure et la production de mucus.

Par contre, plus on utilise un décongestionnant, plus son efficacité diminue, ce qui crée un cercle vicieux, car plus une personne l'utilise, plus elle a besoin de l'utiliser.

L'accoutumance aux décongestionnants, qui peuvent détruire la muqueuse nasale et faciliter les problèmes chroniques, est plus courante qu'on pourrait le penser. Le Dr Gall rappelle qu'un patient lui a récemment dit qu'il se pulvérisait du décongestionnant dans le nez 10 fois par jour depuis 10 ans.

Les gros utilisateurs de décongestionnants ressentent souvent plus de soulagement en arrêtant l'utilisation et en laissant la muqueuse retrouver son état normal.

Un dernier mot sur des questions déconcertantes. Nous avons dans le cerveau un « centre de la toux » qui nous empêche de tousser quand nous dormons. « Nous ne pourrions pas dormir autrement », dit le Dr Gall. Quand on ne sait pas que ce centre existe, on peut penser à tort que tousser après s'être éveillé est une réaction allergique à, qui sait, un rince-bouche, le jus d'orange, la caféine?

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Je pourrais continuer à parler du rôle que joue le nez dans l'odorat, le goût, l'ouïe et la parole, mais pour comprendre pourquoi la chirurgie a amélioré ma respiration, je ne ferai que mentionner une autre affection : la croissance de polypes dans le nez.

Les polypes nasaux sont des excroissances souples et gélatineuses habituellement situées sur la paroi des sinus. Ils sont indolores, ne contiennent pas de sang et, sur le plan statistique, ne sont pas cancéreux. Le Dr Gall, par exemple, n'écarte pas la possibilité de polypes malins, mais en même temps, il n'en a pas rencontré un seul en 20 ans de pratique.

La cause des polypes nasaux est inconnue, mais il existe une corrélation évidente entre le début de la croissance des polypes et l'inflammation chronique de la membrane nasale en raison de virus, d'infections, d'allergies et de toute la gamme des déclencheurs des rhinites non allergiques.

L'existence de polypes dans le nez peut passer inaperçue pendant des années, voire des décennies. Les polypes font sentir leur présence lorsqu'ils deviennent si gros qu'ils bloquent l'ouverture des sinus et favorisent les infections ou même qu'ils pendent dans les voies nasales et contraignent la respiration.

Le Dr Gall a une photographie d'un polype de la taille d'un piment jalapeño qui pend de la narine d'un homme. Croyez-moi sur parole, vous ne voulez pas le voir.

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En résumé, donc : une déviation de la cloison nasale n'est souvent pas en soi un problème grave.

Elle le devient lorsque sa forme peu naturelle et son positionnement nuisent à d'autres fonctions naturelles du nez.

Une personne dont la cloison nasale est déviée pourrait, par exemple, respirer par la bouche même lorsqu'une activité physique légère accroît la demande d'oxygène. Un cas léger de rhinite qui passerait inaperçu autrement devient une lutte pour respirer lorsqu'une cloison nasale est déviée. Plus la rhinite est grave, plus le problème respiratoire s'accentue.

Le cycle naturel du gonflement des cornets nasaux se transforme en un cycle de difficulté respiratoire lorsque la cloison nasale est déviée et la croissance de polypes qui passerait peut-être inaperçue aura une influence disproportionnée dans une cavité nasale dont le volume est déjà réduit par une déviation de la cloison nasale.

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La goutte qui a fait déborder le vase pour moi a été l'utilisation d'un appareil à pression positive continue (CPAP) pour voir s'il pouvait remédier à l'apnée du sommeil dont j'étais atteint et m'empêcher de ronfler.

Bien sûr, l'appareil a fonctionné comme un charme pendant plusieurs semaines. Ensuite, j'ai commencé à m'éveiller la nuit avec des attaques d'éternuements, des quintes de toux, des surcharges de mucus et de larmoiements. Les attaques étaient légères au début, mais se sont lentement intensifiées jusqu'à durer une heure ou plus.

J'étais certain que le CPAP avait quelque chose à y voir. J'ai conclu à tort qu'il exacerbait mes « problèmes d'allergies » habituels, au lieu de conclure à juste titre que l'appareil envoyait trop d'air dans la seule narine qui fonctionnait, ce qui causait une sécheresse et de l'irritation extrêmes.

Je me suis plaint à mon médecin de famille qui m'a recommandé de voir le Dr Gall et un allergologue. Je suis d'abord allé voir le Dr Gall.

Il m'a demandé si j'avais une déviation de la cloison nasale. Je lui ai répondu quelque chose comme : « Oui, mais c'est un problème mineur comparativement aux terribles réactions allergiques qui m'ont assailli toute ma vie, mais en particulier depuis que j'ai commencé à utiliser un CPAP ».

Il m'a écouté calmement et m'a de nouveau demandé si j'avais une déviation de la cloison nasale.

La troisième fois qu'il m'a posé la question, j'ai répondu : « Oui. Pourquoi? ».

Photo of Dr. Richard Gall
Dr Richard Gall est un pionnier de la chirurgie endoscopique des sinus, en particulier de l'enlèvement des polypes, au Manitoba. (Photo : Marianne Helm)

Le reste, comme on dit, est passé à l'histoire. Le Dr Gall a très rapidement utilisé un instrument appelé endoscope pour voir dans le nez si ma cloison était si gravement déviée qu'elle ne laissait probablement aucun air passer par ma narine droite.

Il a dit que si je voulais envisager une correction de ma cloison par une intervention chirurgicale, je n'éprouverais probablement que peu de douleur, mes yeux ne noirciraient pas et tout serait fait et terminé en moins d'un jour.

Je ne pense pas avoir répondu : « Oui, s'il vous plaît », mais j'ai dit quelque chose d'analogue.

Un tomodensitogramme ultérieur a confirmé la déviation en détail extraordinaire. Il a également montré que j'avais des polypes, dont un gros dans ma narine gauche qui me nuisait probablement chaque fois que la membrane nasale était irritée et enflée.

Le jour de l'intervention, je me suis présenté à l'Hôpital Saint-Boniface, je me suis rapidement déshabillé et avant que je le sache, j'étais inconscient sur la table d'opération.

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Les premières interventions dans le nez jamais consignées ont eu lieu en Égypte il y a 5 500 ans sur des criminels condamnés à se faire couper le nez (et la cloison) en guise brutale de punition et de défiguration.

Environ 7 400 ans plus tard, en 1882, le physicien américain Ephraim Fletcher Ingals est devenu le « père de la chirurgie septale » lorsqu'il a inventé une technique chirurgicale appelée « résection sous-muqueuse de la cloison », qui est depuis demeurée une intervention standard.

La résection commence lorsqu'un chirurgien coupe horizontalement sur la longueur de la paroi septale. L'incision crée deux rabats qui peuvent être écartés pour exposer le cartilage. L'étape suivante consiste généralement à couper le bas du cartilage pour le libérer de sa base osseuse. Le chirurgien coupe ensuite le cartilage à la verticale aux points de déviation, ce qui permet de les pousser ou de les laisser reprendre leur position initiale.

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La technologie a amélioré la rapidité et la réussite de la chirurgie du nez. La difficulté qui a persisté le plus longtemps est sans aucun doute comment le mieux voir à l'intérieur du nez les éventuels problèmes. Il est facile de voir le nez, mais beaucoup moins de voir à l'intérieur de ce dernier.

Les chandelles et la lumière réfléchie ont été utilisées dès le début. Il y a un siècle, un tube appelé endoscope a été mis au point et a amélioré la vue, principalement dans la gorge. Avec la découverte des fibres optiques dans les années 1950, toutefois, l'époque de la « noirceur » a pris fin pour les chirurgies du nez.

Fait important à signaler, la combinaison des fibres optiques et des endoscopes a permis non seulement d'éclairer les cavités intérieures, mais aussi de renvoyer l'image à l'œil du chirurgien à l'autre extrémité du tube. La lumière émise est assez brillante, en fait, pour que les patients indiquent qu'ils la « voient » à l'arrière de leurs yeux.

L'invention, puis la miniaturisation des caméras vidéo, a perfectionné encore plus l'intervention en rendant possible de voir en temps réel sur des écrans des images à haute définition des cavités nasales. Les endoscopes souples qui peuvent se faufiler comme les serpents, permettant ainsi aux chirurgiens de voir dans les coins, sont devenus monnaie courante, tout comme les instruments chirurgicaux miniatures qui sont insérés dans les tubes endoscopiques pour effectuer des tâches chirurgicales selon les signaux produits par des chirurgiens qui manipulent des consoles de commande à distance.

Tous ces progrès sont survenus dans le monde médical général à peu près à l'époque où le Dr Gall a fréquenté l'école de médecine et effectué une résidence de cinq ans à l'Université du Manitoba, au département d'otorhinolaryngologie et de chirurgie de la tête et du cou.

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Richard Gall a grandi à Garden City, où, dit-il, l'idée de devenir médecin semblait un aspect naturel, même stéréotypé de l'« expérience d'immigrant ». Il est né à Winnipeg, mais son père, un survivant de l'Holocauste, a quitté la Pologne pour immigrer au Canada en 1949, alors que sa mère, née en Afghanistan, a immigré au Canada en provenance d'Israël en 1960.

Quelle qu'ait été son inspiration, il n'a adopté inconditionnellement l'idée d'une carrière en médecine qu'à sa deuxième année au programme scientifique de l'Université de Winnipeg. Cela a été un « grand soulagement », dit-il, d'avoir un objectif.

L'intérêt naissant pour l'otorhinolaryngologie - la médecine des oreilles, du nez et de la gorge - est apparu pendant les années d'étude en médecine du Dr Gall. Des rencontres fortuites avec des résidents qui étudiaient l'otorhinolaryngologie l'ont amené à découvrir ce domaine fascinant, offrant une foule de possibilités et de spécialisations et de sous-spécialisations.

L'une de ces sous-spécialisations a en particulier suscité sa curiosité : la chirurgie endoscopique des sinus. À l'époque, il s'agissait d'un nouveau domaine de chirurgie non invasive qui a vu le jour en Autriche et qui révolutionnait la chirurgie du nez partout dans le monde. Ce type d'intervention est arrivé au Canada lorsque le Dr Gall effectuait sa résidence de cinq ans à la fin des années 1990, à Winnipeg.

Il a décidé de poursuivre des études doctorales en chirurgie du nez à l'Université de Toronto où l'on enseignait les nouvelles techniques.

Un an plus tard, en 2000, il s'est installé à Winnipeg et il est devenu un pionnier de la chirurgie endoscopique des sinus, en particulier l'enlèvement des polypes, au Manitoba.

Au début, la demande accumulée pour ses compétences était si grande que la liste d'attente atteignait 18 mois. Lorsque je l'ai rencontré la première fois 18 ans plus tard, l'attente était réduite à trois mois environ, car d'autres spécialistes locaux avaient acquis les compétences dont il avait été ici le pionnier.

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Le Dr Gall a effectué deux interventions distinctes pour enlever les obstacles qui m'empêchaient de respirer normalement par le nez.

La première, pour corriger a déviation de la cloison nasale, a été une septoplastie traditionnelle, assez semblable à la résection inventée par Ingals.

Qu'elle soit traditionnelle ou non, c'est l'intervention « favorite » du Dr Gall parce qu'aussi routinière qu'elle puisse sembler, chacune est unique.

Le Dr Gall compare la septoplastie à une réparation de carrosserie automobile. Chaque auto qui entre à l'atelier a été écrasée. Autrement, chaque auto est différente : une marque différente, un modèle différent, certaines sont amochées à l'arrière, d'autres ont fait des tonneaux dans des fossés ou percuté un arbre. Toutes sont endommagées, mais toutes sont aussi uniques.

« Il faut penser à ce qu'on va faire, dit-il. Le défi réside dans la réparation. »

C'est un besoin semblable de diversité qui l'a incité à devenir chirurgien. La chirurgie le fait sortir de son bureau, travailler dans des milieux différents, avec des collègues et des défis différents, dit-il.

Si la première intervention pour rétablir ma respiration était traditionnelle, la deuxième était tout à fait nouvelle.

Le tomodensitogramme a fait voir un certain nombre de petits polypes dans la voie nasale droite et un polype assez gros dans la voie nasale gauche.

L'intervention standard pour l'enlèvement des polypes consistait jusqu'à tout récemment à les encercler avec une boucle de fil métallique qui pouvait être resserrée de façon à sectionner les polypes. Cette technique est toutefois limitée du fait que les boucles ne peuvent atteindre que la partie du polype qui se trouve dans la voie nasale. La racine comme telle reste derrière inaccessible à l'intérieur d'un sinus.

Récemment, des outils chirurgicaux appelés microdébrideurs sont devenus la technologie privilégiée. « Ils ont révolutionné la chirurgie des polypes », dit le Dr Gall.

Un microdébrideur consiste essentiellement à un long tube étroit muni d'une lame oscillante à l'extrémité. Une succion est créée au centre vide de l'outil. La succion attire simultanément les polypes sur la lame qui les coupe d'abord en petits morceaux pour qu'ils soient ensuite aspirés dans un contenant pour les éliminer.

Le chirurgien utilise un instrument télescopique pour guider l'extrémité et diriger l'instrument jusqu'à la racine du polype.

Les polypes repoussent invariablement, mais la capacité du microdébrideur de les réduire à la racine prolonge le temps qu'ils mettent à repousser.

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Mes chirurgies ont duré moins d'une heure. Peu de temps après, je me suis éveillé, étourdi et un peu désorienté, mais je n'ai ressenti aucune douleur, seulement de l'inconfort venant du tampon qui remplissait mon nez. La plupart des patients retournent chez eux après une septoplastie, mais je suis resté une nuit en observation parce que la chirurgie pouvait exacerber mon apnée du sommeil.

J'ai regardé les Jets remporter une partie à Winnipeg à la télévision ce soir-là puis j'ai bien dormi, sauf en quelques occasions où une infirmière m'a secoué pour arrêter mes ronflements, ce qui a confirmé les propos du Dr Gall qui m'avait dit que la chirurgie allait améliorer ma respiration, mais n'allait pas m'empêcher de ronfler.

Le matin, un résident en médecine est venu me voir et m'a enlevé le pansement dans le nez. C'est à ce moment-là que j'ai vécu rien de moins qu'un miracle.

Gerald Flood est rédacteur à Winnipeg.

Le nez en chiffres

Voici un résumé des chirurgies du nez, réparties entre celles du nez et des cavités nasales et celles des sinus.

Type d'intervention 2007-2008 2017-2018
Chirurgies du nez et des cavités nasales 1 395 1 674
Chirurgies des sinus 433 534

Les chiffres représentent à la fois les chirurgies urgentes et non urgentes effectuées par un médecin (pas seulement les otorhinolaryngologistes) dans un hôpital du Manitoba, chez des patients hospitalisés ou non au cours de l'exercice financier précisé.